
Les deux statues entourant le trône de Salomon, l’Église et la Synagogue, sont traditionnellement présentées pour illustrer la rectitude et la force de la doctrine chrétienne, par opposition à l’errance et à la privation de lumière de la Synagogue.
Cependant, cette interprétation négative de la Synagogue est malheureusement due à une période où les communautés chrétiennes d’origine juive ont été marginalisées au profit des communautés païennes qui s’imposeront progressivement comme la « Grande Église ».
En réalité, le message délivré par ces statues est tout autre. La figure aux yeux bandés, tenant dans sa main gauche des textes qu’elle ne peut lire, représente l’humanité déchue, privée de la connaissance de soi. Cette allégorie se retrouve dans de nombreuses spiritualités, chacune ayant en son sein des hommes confrontés à leur part d’ombre.
C’est l’image de tout être humain ayant délaissé le chemin de la connaissance de soi, temporairement abandonné de Dieu ou rejetant son existence, et se retrouvant ainsi dans l’erreur. Il ne s’agit pas d’une démarche introspective ou psychologique, mais de la découverte de la valeur véritable de l’homme dans sa dimension ternaire. Trop souvent, l’homme est réduit à sa seule psyché, oubliant son lien essentiel avec le Divin.
C’est également le portrait de tous ceux qui, par confusion, placent les signes ostensibles d’une religion extérieure au-dessus d’un dialogue intérieur avec leur Centre. Lorsque la société exige de la masse des preuves de piété par des manifestations extérieures de religiosité, chacun s’engage dans l’exagération, espérant être vu et reconnu par les hommes, au détriment du combat ou du dialogue intérieur qui permettrait de se maintenir en verticalité.
L’homme privé de ce Centre traverse un désert où son âme s’assèche. Pour éviter cet approfondissement de soi, devenu embarrassant, il préfère des interprétations infondées des textes sacrés, générant ainsi un mal-être général. Dans cette situation, l’homme devient incapable de supporter la Lumière et se limite à une intelligence primitive, se contentant de la reconnaissance des autres pour exister. La glorification de l’homme par l’homme n’appartient qu’à la superficialité.
Pourtant, il lui reste toujours une chance : celle de se tourner vers Dieu, quelle que soit la façon dont il le nomme, car Dieu lui confère un Centre en le plaçant au cœur du monde. S’il accepte d’être à l’image de Dieu, reflet de la perfection, ou s’il se souvient que Dieu est son Maître au moment du jugement, il s’élèvera d’un degré dans la verticalité.
Ainsi, le message est clair : il s’agit d’une affaire personnelle, d’un désir de l’homme d’aller vers son Centre avec persévérance, de comprendre avec discernement les états qu’il traversera. Seule la crainte de Dieu est juste, et nul homme ne peut en être le porteur. C’est par la libre volonté de chacun, l’adhésion à une spiritualité ouvrant la perspective d’un cheminement, qu’il nourrit son dialogue intérieur et apprend à se connaître.

Sceau de Salomon stylisé
Salomon, le Juge, ne propose qu’une récompense, et non une punition. Les hommes se punissent eux-mêmes sur le plan le plus primitif, sans autre espoir que le souvenir précaire de leur propre gloire. Mais Salomon marque la vérité d’un sceau, car ce qui est au plus haut s’affirme aussi au plus bas de l’échelle.
Salomon marque la vérité d’un sceau, car, ce qui est au plus haut s’affirme aussi au plus bas de l’échelle.
Vogesus le 20/02/2025
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Bibliographie
Frithjof Schuon : Avoir un centre. De l’unité transcendante des religions.
Alain Corbin : Histoires du christianisme.
Eckartshausen : La nuée sur le sanctuaire.
Illustrations par Vogesus