Les sociétés secrètes entre équerre et compas

Templier_FotorLes sociétés secrètes dont la philosophie s’inscrit dans la quête de la vérité ou du sacré ont souvent placé leur discours sous le voile des symboles. Des mots, des paroles, des signes sont utilisés parfois visibles au regard de tous, parfois cachés. L’équerre et le compas sont certainement les plus connus et sont associés à la franc-maçonnerie alors qu’ils appartiennent également au compagnonnage.

Cette démarche tient de l’ésotérisme c’est à dire un enseignement réservé à des initiés qui recherchent dans le monde qui nous entoure toutes les matières pour se rapprocher du divin.

Les nombres et la géométrie sacrée sont les principaux véhicules de l’ésotérisme, ils permettent de construire toujours plus haut pour se rapprocher du ciel ou pour faire avancer la pensée.

Alors pourquoi prendre autant de précaution, parler à mots couverts et ne réserver que certaines réflexions qu’aux initiés.

La quête de la vérité recèle un puissant moteur c’est la question du « pourquoi ? » qui peut paraître dérangeante.

Les hommes se sont organisés pour vivre en société créant des institutions qui garantissent le respect de codes, d’habitudes et des règles de vie qui définissent les limites à respecter.

Au travers du temps les organisations sociétales ont toujours apporté des éléments de réponses aux questions existentielles des hommes permettant à chacun d’eux de se reconnaître dans les mêmes vérités du moment. Cela contribue à la paix sociale en cimentant la pensée autour de grands principes acceptés par tous.

Il devient alors aisé de comprendre que certains cherchent à aller plus loin et à dépasser l’évidence qui est proposée par la société des hommes et cela peut déranger.

Compagnon_FotorPrenons pour exemple le culte des Templiers pour Baphomet, ce démon cornu et barbu à la face hideuse qui a valu l’exécution des Chevaliers du Temple pour idolâtrie, pratique obscènes et hérésie en 1314.

Pourtant leurs statues sont sur la façade occidentale de la Cathédrale placées dès 1314 sous la direction de Maître Erwin de Steinbach. Pourquoi ce Maître d’œuvre a t’il pris une telle décision alors que l’Ordre du Temple venait d’être dissout.

La question du « pourquoi » vient d’être posée avec toutes les conséquences que l’on peut supposer.

Maître Erwin savait-il que Baphomet vient de l’arabe « Ouab el-Phoumet » « Père de la bouche » laissant entendre qu’il s’agit de l’expression de la sagesse ou de la Parole divine Les Templiers auraient-ils ramené des croisades des « mystères » ouvrant des perspectives heureuses pour la réalisation de l’édifice ?

Toujours sur la façade occidentale de la Cathédrale, se tient un Compagnon dont le signe ne laisse aucun doute sur sa qualité. Il est placé en face du Templier, à la même hauteur. Leur positionnement de part et d’autre de la Vierge et l’Enfant Christ témoigne d’une vraie complicité autour d’un grand projet, l’œuvre de construction.

D’aucun ne pourra écarter le rôle des Chevaliers du Temple qui certes assuraient la protection des croisés en route vers la Palestine et qui entretenaient également des échanges avec les savants hébreux et musulmans autour des arts libéraux dont la philosophie, la médecine, l’astronomie et la géométrie.

Tous avaient conscience de la valeur du savoir et lui accordaient le plus grand respect.

Déjà François Miler en 1817 avec son propos « La description de la Cathédrale de Strasbourg » décrit combien les bâtisseurs accordaient une immense attention à leurs savoirs et sa préservation.

… pour se distinguer du commun de la gent maçonnique qui ne savait employer que le mortier et la truelle tandis qu’eux maniaient l’équerre, le niveau et le compas, ils formèrent des associations qu’ils appelèrent en allemand Hütten, Loges en français.

Toutes les Loges s’accordaient à reconnaître la supériorité de celle de Strasbourg, d’où elle fût nommée Haupthutte ou Loge Métropole, sous la direction de laquelle, toutes ces associations formèrent une seule société pour toute l’Allemagne.

Dans une assemblée des différents Maîtres des Loges particulières, tenue à Ratisbonne, le 25 avril 1459, on arrêta les premiers statuts et on convint par un acte solennel que toujours l’Architecte de la Cathédrale de Strasbourg serait le Grand Maître unique et perpétuel de la Confrérie des Maçons libres de l’Allemagne…

La statutaire nous réserve un autre indice, avec un « montre cul » sous les pieds du Compagnon. Hérésie ou message d’un autre niveau.

Sa colonne vertébrale est saillante, chaque vertèbre est visible de loin. Annick de Souzenelle dans son traité sur le symbolisme du corps humain décrit la colonne vertébrale comme un catalyseur d’énergie et la compare à un axis mundi.

Plus en avant encore dans le symbolisme de cette statue c’est tout un retournement spirituel qui est suggéré avec cette première vertèbre placée directement sous les pieds du Compagnon. Faire référence à cet os c’est se rapporter à l’amande dont l’iconographie de la mandorle est reprise plus haut sur la façade.

Alors ce compagnon a t’il le simple projet de tailler une pierre ou d’élever un édifice sacré ? Combien son projet est il empreint de spiritualité ?

Maintenant, avec vous lecteur, je peux évoquer le vertige, celui que la vue depuis la plateforme peut nous provoquer et celui de ce désir d’éternité exprimé par la pensée des bâtisseurs.

Templier, Compagnon sont présents aux côtés du Roi Salomon.

Salomon trône, couronné, c’est le principal attribut de sa royauté que lui témoignent les lions placés de part et d’autres sur le gable à la forme triangulaire.

Dans cette représentation Salomon n’est pas le souverain de Justice, fonction qui à cet endroit est réservée à Marie et à l’Enfant Roi.

Salomon_FotorIci Salomon préfigure la connaissance et le savoir au service d’un grand projet, la construction du Temple. C’est l’archétype même du symbolisme maçonnique où le soleil répand la Lumière pour éclairer les travaux.

Avec la fin de la période faste de construction des Cathédrales correspond un net ralentissement de cette tradition spirituelle opérative. Les Loges de Maçons acceptent de nouveaux penseurs en leurs assemblées, les travaux évoluent progressivement vers une dimension plus « spéculative ».

Le discours est donc préservé en plusieurs niveaux de langages ouverts à ceux qui s’interrogent et qui s’engagent dans une quête intérieure.

Vogesus

Février 2017

 

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